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Génération Bien

“God damn it, an entire generation pumping gas, waiting tables; slaves with white collars. Advertising has us chasing cars and clothes, working jobs we hate so we can buy shit we don’t need. We’re the middle children of history, man. No purpose or place. We have no Great War. No Great Depression. Our Great War’s a spiritual war… our Great Depression is our lives. We’ve all been raised on television to believe that one day we’d all be millionaires, and movie gods, and rock stars. But we won’t. And we’re slowly learning that fact. And we’re very, very pissed off.
– Fight Club

La grande dépression. Sans majuscule, parce qu’elle est moche notre dépression, là où on la voudrait grande et belle, et spéciale, et o-ri-gi-nale! Chaque génération passe par une crise d’identité, dénigrant les valeurs des vieux, des anciens, du passé, de l’avant. Nous non. Quand les auteurs américains critiquaient acerbement leur modèle culturel, pour se trouver un but, ou en déplorer le manque, les nôtres régurgitaient des leçons bien apprises. On vomit depuis 40 ans le même refrain, et c’est Bien. Quand Douglas Coupland et Chuck Palahniuk explosaient d’un cynisme grandiose le hippie/yuppie, nous sculptions des statues en l’honneur des bobos. 40 ans après Mai 68, Cohn Bendit reste un modèle, dans le comportement et les idées. Le je-m’en-foutisme vulgairement bien-pensant est roi. Malheur à ceux qui le critiquent!

Quand je dis que nous ne critiquons plus nos parents, c’est faux. Mais nous critiquons exactement les mêmes choses qu’eux, et nous voulons exactement les mêmes choses qu’eux. L’Europe, il faut dire Union Européenne maintenant, jeune et jolie, est mentalement sclérosée, en phase terminale d’une non-pensée tournant en rond, Éternel Retour mal-baisé en gros.

Le pire du pire, c’est que nos indignations bien sélectives soient sélectionnées pour nous. La génération qui admire les démonteurs de McDo choisit ses luttes comme on achète un menu Best Of chez Ronald. “Vous prendrez quoi aujourd’hui? de l’anti-racisme, de l’anti-guerre, du pro-gay, du bouffe-catho, ou notre menu mix-spécial défense des minorités? Non, un peu d’alter-mondialisme-écolo alors? Oui? Parfait! Ça sera à emporter? Ok, je vous rajoute slogans et bannières. Bonne journée.”

Et puisque on voit le malade, il faut nommer la maladie. Alors rendons grâce à celui qui a renvoyé en pleine face à notre société post-moderne sa diarhée dialectique dégoulinante, celui qui mis le virus sous les projecteurs, Éric Zemmour. Un homme qu’il fait bon détester, pas pour ses idées, car on ne cherche même pas à les comprendre, mais pour l’image qu’ont ses idées. Alors cette maladie, nous l’appellerons Zémmourite. L’homme qu’on attaque pas pour ce qu’il pense, mais pour ce qu’il ne VEUT PAS “penser”: que Sarkozy est l’antéchrist, que toulemondilégentil, que le mâle blanc hétérosexuel est une arme de destruction massive, en vérité, qu’il y a le Bien, et le Mal.

Notre génération se croit rebelle quand elle est ultra-conventionnelle, elle se gausse et s’offusque des déclarations de George Walker Bush sur “l’Axe du Bien” quand elle suit le même processus de pensée. On vit dans une époque d’axes du Bien. Des armées de censeurs édictent en diktats ce qu’il faut ou ne faut pas PENSER, et donc ce qu’on peut ou ne peut pas DIRE. (…) Et comme chaque Eglise qui se respecte, celle-ci aussi possède une riante inquisition. La spécificité de la nouvelle secte est que tout le clergé est complice, on a réinventé le curé-KGB. Il prêche, dénonce, enquête et instruit les procès. Ce n’est plus Don Camillo mais le CHErlock Holmes de la Pravda. Et cet ecclésiaste rouge/vert a inventé de nouveaux délits, de nouveaux péchés, de nouveaux blasphèmes. Car mes chèr(e)s frères, je vous le dis, celui qui ne pense pas Bien pense Mal, celui qui questionne le Bien pense Mal! (…) Le génie est d’être tous contre un, le chevalier errant voit fondre sur lui des hordes de gueux loqueteux et purulents.

Alors voilà, on en est là. Dans une ambiance fin de race, décadence impériale, anomie généralisée, ceux qui résistent un tant soit peu sont ostracisés. Mais nous ne sommes pas des victimes, ce que nous disons, nous l’assumons, et ce que nous faisons, nous l’avons décidé de notre plein gré. Nous ne demandons pas pardon, nous ne nous plaignons pas, et nous ne nous tairons pas.

Mean Publications pour le texte. Police du Monde Parodique pour l’image.

Je ne saurais dire tout le bien que je pense de ce texte qui exprime exactement, et de manière bien moins confuse, ce que je ressens.

Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre

“Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-la s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple.

Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.

Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.

II y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s’accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c’est au pouvoir national qu’ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m’importe bien moins que l’obéissance.

Je ne nierai pas cependant qu’une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentré tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d’un homme ou d’un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.

Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l’oppression qu’il fait subir aux individus est quelquefois plus grande ; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu’on le gêne et qu’on le réduit à l’impuissance, peut encore se figurer qu’en obéissant il ne se soumet qu’à lui-même, et que c’est à l’une de ses volontés qu’il sacrifie toutes les autres.

Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d’elle, les forces et les droits qu’on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l’État, mais profitent à l’État lui même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu’ils ont fait au public de leur indépendance.

Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c’est donc diminuer le mal que l’extrême centralisation peut produire, mais ce n’est pas le détruire.

Je vois bien que, de cette manière, on conserve l’intervention individuelle dans les plus importantes affaires ; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L’on oublie que c’est surtout dans le détail qu’il est dangereux d’asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu’on put jamais être assuré de l’une sans posséder l’autre.

La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point ; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l’usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l’obéissance, qui n’est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, mais très rares, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir ; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes, et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l’humanité.

J’ajoute qu’ils deviendront bientôt incapables d’exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu’ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables ; s’agit-il du gouvernement de tout l’État, ils confient à ces citoyens d’immenses prérogatives ; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d’élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s’étonnent et cherchent encore ; comme si le mal qu’ils remarquent ne tenait pas à la constitution du pays bien plus qu’à celle du corps électoral.

Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs.

Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m’a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l’imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine ; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s’étendre aux pieds d’un seul maître.”

Alexis de Tocqueville – De la Démocratie en Amérique, volume 2 (1840)

Conversation avec Julien Freund

Julien Freund était un philosophe, un politologue et un sociologue français, ancien résistant, né en 1921 et mort en 1993. Ses conversations avec Pierre Bérard, que ce dernier a retranscrit, sont de haute volée. Je vous ai sélectionné plusieurs extraits plutôt longs mais de qualité.

Je suis frappé par le caractère routinier du débat européen. L’Europe se construit d’une manière fonctionnaliste, par une suite d’enchaînements automatiques. Son fétichisme institutionnel permet de dissimuler notre maladie qui est l’absence d’objectifs affichés. Nous sommes par exemple impuissants à nous situer par rapport au monde. Etrange narcissisme ; on se congratule d’exister, mais on ne sait ni se définir, ni se circonscrire. L’Europe est-elle reliée à un héritage spécifique ou bien se conçoit-elle comme une pure idéalité universelle, un marchepied vers l’Etat mondial ? L’énigme demeure avec un penchant de plus en plus affirmé pour la seconde solution qui équivaudrait à une dissolution. Ce processus se nourrit par ailleurs, c’est transparent chez les Allemands, d’une propension à fuir le passé national et se racheter dans un sujet politique plus digne d’estime, une politie immaculée, sans contact avec les souillures de l’histoire. Cette quête de l’innocence, cet idéalisme pénitentiel qui caractérisent notre époque se renforcent au rythme que lui imposent les progrès de cette mémoire négative toute chargée des fautes du passé national. On veut lustrer une Europe nouvelle par les vertus de l’amnésie. Par le baptême du droit on veut faire un nouveau sujet. Mais ce sujet off-shore n’est ni historique, ni politique. Autant dire qu’il n’est rien d’autre qu’une dangereuse illusion. En soldant son passé, l’Europe s’adosse bien davantage à des négations qu’à des fondations. Conçue sur cette base, l’Europe ne peut avoir ni objectif, ni ambition et surtout elle ne peut plus rallier que des consentements velléitaires.

Et puis, c’est une Europe de la sempiternelle discussion … et toujours sur des bases économiques et juridiques, comme si l’économie et le droit pouvaient être fondateurs. Vous savez l’importance que j’accorde à la décision, or l’Europe est dirigée par une classe discutante qui sacrifie le destin à la procédure dans un interminable bavardage qui ne parvient guère à surmonter de légitimes différents. Ce refus de la décision est lié au mal qui frappe nos élites ; elles ne croient plus à la grandeur de notre continent ; elles sont gâtées jusqu’à la moelle par la culpabilité dont elles transmettent l’agent létal à l’ensemble des Européens. D’où cette dérive moralisatrice qui transforme l’Europe en tribunal, mais en tribunal impuissant.

[…]

L’orgiasme n’est pas une réponse au retrait du politique, car il exclut la présence de l’ennemi. Quand il se manifeste, l’ennemi, lui, ne s’adonne pas au ludisme dionysiaque. Si le politique baisse la garde, il y aura toujours un ennemi pour troubler notre sommeil et déranger nos rêves. Il n’y a qu’un pas de la fête à la défaite. Ces tribus là ne sont pas un défi à l’individualisme, elles en sont l’accomplissement chamarré…

[…]

P.B. – L’Europe n’est qu’un tigre de papier.

J.F. – Elle ne fait même pas semblant d’être un tigre ! Depuis plus de quarante ans, elle s’en remet aux Américains pour ce qui est de sa protection. Elle a pris le pli de la vassalité, l’habitude d’une servitude confortable. C’est ce que dévoilent d’ailleurs les choix budgétaires de tous ses gouvernements quelle qu’en soit la couleur : la portion congrue pour la défense, une part grandissante pour les dépenses sociales. En réalité, L’Europe ne peut se construire que sur un enjeu ultime… la question de la vie et de la mort. Seul le militaire est fédérateur, car dans l’extrême danger il est la seule réponse possible. Or ce danger viendra, car l’Europe vieillissante riche et apathique ne manquera pas d’attiser des convoitises. Alors viendra le moment de la décision, celui de la reconnaissance de l’ennemi… Ce sera le sursaut ou la mort. Voilà ce que je pense.

[…]

C’est Nietzsche qui écrit dans La volonté de puissance que l’Europe malade trouve un soulagement dans la calomnie. Mais il se pourrait bien que le masochisme européen ne soit qu’une ruse de l’orgueil occidental. Blâmer sa propre histoire, fustiger son identité, c’est encore affirmer sa supériorité dans le Bien. Jadis l’occidental assurait sa superbe au nom de son dieu ou au nom du progrès. Aujourd’hui il veut faire honte aux autres de leur fermeture, de leur intégrisme, de leur enracinement coupable et il exhibe sa contrition insolente comme preuve de sa bonne foi. Ce ne serait pas seulement la fatigue d’être soi que trahirait ce nihilisme contempteur mais plus certainement la volonté de demeurer le précepteur de l’humanité en payant d’abord de sa personne. Demeurer toujours exemplaire, s’affirmer comme l’unique producteur des normes, tel est son atavisme. Cette mélodie du métissage qu’il entonne incessamment, ce ne serait pas tant une complainte exténuée qu’un péan héroïque. La preuve ultime de sa supériorité quand, en effet, partout ailleurs, les autres érigent des barrières et renforcent les clôtures. L’occidental, lui, s’ouvre, se mélange, s’hybride dans l’euphorie et en tire l’argument de son règne sur ceux qui restent rivés à l’idolâtrie des origines. Ce ne serait ni par abnégation, ni même par résignation qu’il précipiterait sa propre déchéance mais pour se confondre enfin intégralement avec ce concept d’humanité qui a toujours été le motif privilégié de sa domination… Il y a beaucoup de cabotinage dans cet altruisme dévergondé et dominateur et c’est pourquoi le monde du spectacle y tient le premier rôle.

[…]

La modernité tardive que j’appelle décadence se veut formellement libertaire. Elle entend bannir tabous et inhibitions au profit d’une spontanéité qui rejette les conventions… La civilité, la politesse, la galanterie… Toutes ces procédures qui cantonnent l’instinct agressif pour lisser l’interface ; en un mot l’élégance sociétale, c’est-à-dire le souci de l’autre. Il y a un risque d’anomie que les thuriféraires de soixante-huit ont largement contribué à magnifier en laissant croire que tous ces codes relevaient d’une aliénation d’essence autoritaire et bourgeoise… Les bourgeois sont d’ailleurs les premiers à s’en émanciper, et avec quel entrain… Ils sont l’avant-garde de l’anomie à venir, des enragés de la décivilisation.

[…]

La Résistance… Vous savez comme je l’ai faite dès janvier 1941. Le Résistant qui fut l’emblème héroïque des années d’après-guerre quitte aujourd’hui la scène au profit d’autres acteurs. Je ne m’en afflige nullement puisque j’ai toujours refusé les honneurs. Le Résistant, c’est un combattant, il fait en situation d’exception la discrimination entre l’ami et l’ennemi et il assume tous les risques. Son image ne cadre pas avec l’amollissement que l’on veut cultiver. C’est peut-être pourquoi on lui préfère aujourd’hui les victimes. Mais assurément, leur exemplarité n’est pas du même ordre. Le souvenir de la Résistance combattante doit s’effacer parce que son image renvoie d’une manière trop explicite au patriotisme. Il y a donc bien une contradiction entre le recyclage continu d’un fascisme mythique et malfaisant et l’occultation progressive de ceux qui ont combattu le fascisme réel, les armes à la main. Cette bizarrerie tend à montrer que le même mot renvoie bien à des réalités différentes…

La Résistance est partie prenante de l’ancien monde, celui des réflexes vitaux qui se mettent en branle lorsque le territoire est envahi par l’ennemi. Les nouvelles de Maupassant montrent très bien cela dans un contexte où le nazisme n’avait pas cours. Or, c’est ce lien quasiment paysan à la terre que l’on prétend aujourd’hui abolir parce que les élites, elles, se sont affranchies de ces attaches… Elles deviennent transnationales et discréditent des liens qui sont pour elles autant d’entraves. Dans ce contexte, le maquisard devient un personnage encombrant… Trop rivé à son sol, à ses forêts, à sa montagne…

[…]

Il y a une revendication démesurée des droits qu’un Etat ramolli et bienveillant s’efforce de satisfaire, car cette demande qui lui est adressée, elle contribue aussi à le légitimer. Le droit à la santé par exemple s’intègre dans cette extension illimitée, d’où le risque d’un despotisme thérapeutique. Car, enfin, la gratuité des soins conduit automatiquement l’Etat, dispensateur et gestionnaire du système de santé, à organiser une prévention collective toujours plus vigilante au nom de la rentabilité. La société du contrôle total est au bout de l’idéal hygiénique. Aboutissement qui n’est pas antinomique d’un Etat faible, d’un Etat apathique en tous cas dans le registre des fonctions régaliennes…

L’obligation sanitaire pourrait être dans un proche avenir au fondement d’une nouvelle forme de totalitarisme. Le refus pathologique du vieillissement et de la mort, intimement lié à cet effacement de la transcendance dont nous parlions laisse aisément présager l’aptitude de nos contemporains à consentir au cauchemar climatisé dont parlait Bernanos. Le harcèlement que nous subissons à propos de l’alcool et du tabac donne un mince avant-goût de ce que nous pourrions subir. Nous sommes talonnés par des instruments de surveillance toujours plus sophistiqués, sans que cela ne soulève de réelles protestations. C’est la face noire du jeunisme qui nous assaille. Et le sportif exemplaire, la star athlétique, le dieu du stade, objet de toutes les sollicitudes publicitaires, c’est le point de mire de toute cette mécanique. C’est l’icône pathétique d’une propagande qui promet la rédemption du corps par un nouveau régime de salubrité imposé.

[…]

Vous savez… Justifiant les noyades de Nantes, le conventionnel Carrier proclamait déjà que c’était par ” principe d’humanité ” qu’il purgeait ” la terre de la liberté de ces monstres “…Porté à l’incandescence idéologique le concept d’humanité comme n’importe quel autre peut devenir une incitation au meurtre. Il n’y a pas d’idée tolérante ; il n’y a que des comportements tolérants. Toute idée porte en elle l’exclusivisme, et les énoncés mirobolants d’aujourd’hui n’échappent pas à cette règle.

[…]

Je ne pourrais plus parler de supériorité intrinsèque de l’Europe. Un tel jugement n’est concevable que dans une perspective universaliste. Pour que les hiérarchies fassent sens, il faut bien que les valeurs qui permettent de les établir soient unanimement partagées. Or, les valeurs étant l’expression de cultures différentes, toute tentative de classement trahit un ethnocentrisme effronté. Ce que l’on baptise pompeusement l’universel, qu’est-ce donc d’autre, sinon la culture et les préjugés des conquérants ?

J’incline à penser que l’écart entre les cultures ne relève pas d’une différence de degré, mais d’une distinction de nature, même si, bien entendu, il n’y a qu’une seule espèce humaine. D’où ma réserve, pour ne pas dire plus, vis à vis de cette arrogance occidentale qui pulvérise le pluriversum planétaire avec, il faut bien le dire, la complicité extasiée de la plupart de ses victimes. Ultimes sectateurs de cette occidentalisation, les croisés des droits-de-l’homme ne sont pas ses thuriféraires les plus naïfs. Le moralisme chevillé au corps, ils couronnent un processus qui n’a fait que s’accentuer pour le plus grand malheur de l’humanité. Car, enfin, concrètement, ce qu’on appelle prétentieusement le développement, qu’est-ce d’autre que la métamorphose de la pauvreté en misère. Qu’est-ce donc que la misère ? C’est la pauvreté sans le secours apaisant du groupe, sans les racines partagées, sans l’assurance d’un entre-soi solidaire.
[…]

P.B. – Les aspirations libérales et les aspirations social-démocrates ont ceci en commun d’être issues de la matrice des Lumières et de surestimer le rôle de l’économie au point de toujours privilégier la croissance comme un sésame en dépit des ravages qu’elle exerce aussi bien sur la biosphère que dans la sociosphère. Il s’agit de deux inflexions d’un même système, comme vous l’avez d’ailleurs écrit à plusieurs reprises. A tour de rôle, chacun de ces deux sous-systèmes est mis en avant pour corriger les excès de l’autre, mais on ne met jamais en question la matrice commune et ses paradigmes. C’est pourquoi les frères ennemis jouissent d’un bail emphytéotique sur ce qui nous reste de vie politique.

J.F. – C’est ce qui conduit Alain de Benoist à relativiser la pertinence du clivage gauche-droite.

P.B. – Oui, c’est un clivage obsolescent quant au fond, un simple label pour identifier des commissions de gestionnaires rivaux ; mais les élites dépensent des trésors de communication pour le maintenir sous perfusion. Il y va de leur intérêt. Cette hégémonie n’est même pas sérieusement contestée par les chapelles d’extrême-gauche dont la présence très active dans ce qu’un de vos collègues appelle les nouveaux mouvements sociaux, prend pour cible privilégiée la famille, l’armée, la religion, l’école autoritaire, etc… Autant de proies chétives, d’objectifs cacochymes, de leurres, que l’évaluation libérale-libertaire du capitalisme s’est depuis longtemps employée à déconsidérer et dont les vestiges, objets de railleries consensuelles, ne peuvent plus être considérés comme des forces agissantes et, à fortiori, comme des instruments d’oppression. En blasphémant des idoles déchues, ils participent de cette ” insignifiance ” dont parle Castoriadis pour qualifier ce présent où nous avons à vivre.

J.F. – Mon cher Bérard ; nous allons finir cette bouteille, il faut sustenter cette péroraison…

P.B. – C’est un fait, la clameur ” contestataire ” enfle au rythme où s’épuise son imaginaire révolutionnaire. On notera par ailleurs que cette clameur trouve un écho complice dans ce qu’il faut bien appeler la presse ” patronale “, ce qui est tout dire de la capacité subversive que lui reconnaissent les classes dirigeantes. En vociférant contre les vestiges de l’ancienne société, la dissidence de confort apporte sa modeste contribution à l’entreprise de bazardement qui doit faire place nette aux stratégies de recomposition d’un capitalisme mondialisé. Leurs diatribes contre la France frileuse, le repli identitaire, le tribalisme xénophobe… c’est cela : la version jeuniste, lyrique et bigarrée d’une raison libérale qui a fait le choix de la globalisation et considère, en conséquence, les frontières comme des obstacles à effacer. Favoriser la porosité des territoires pour que demeure seulement un espace homogène de consommation. Le monde sans frontière dont rêvent les gauchistes ressemble furieusement à un terrain de jeu pour multinationales en goguette.

Attention : le lien suivant est déconseillé aux âmes sensibles. Il vous dirigera vers le dialogue complet entre Pierre Bérard et Julien Freund. On notera notamment la présence de mots tels qu’aboulie, oekoumène, irénique ou hétérotélie. Oui je sais c’est dur. Vous voilà prévenus.

La Suisse conquérante !

La Suisse semble faire amende honorable dans la guerre à l’environnement (un peu tard, diront certains, et les facétieux d’arguer d’une célérité toute suisse) puisque le territoire helvète s’est récemment agrandi au dépens de l’Italie, du fait de la fonte des glaciers ! On applaudit des deux mains et on lit l’article de La Libre :

La Suisse a gagné quelques mètres sur l’Italie grâce au mouvement des glaciers dans la région de Zermatt dans le canton du Valais. La ligne de crête, qui fait frontière, tend en effet à se déplacer vers le Sud à cause de la fonte de la glace.

C’est ce qui ressort d’un échange de notes diplomatiques entre autorités suisses et italiennes. Le Conseil fédéral a accepté de déplacer la frontière jusqu’à 150 mètres en territoire italien. La Suisse est devenue «un peu plus grande» mais nous ne corrigerons pas l’atlas, a observé mercredi Daniel Gutknecht de l’Office fédéral de topographie «swisstopo». La modification fait que la station finale du télésiège du Furggsattel se trouvera en territoire suisse en haut du glacier du Théodule. La station se trouve sur la ligne de crête qui part du Cervin.

«Dans les zones de haute montagne, d’importants segments de la frontière avec l’Italie sont délimités au moyen de la ligne de partage des eaux ou de la ligne de crête qui court sur des glaciers, des moraines, des névés ou des neiges éternelles», a rappelé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). C’est notamment le cas aux abords du Cervin, dans les massifs de la Bernina et du Mont-Rose, ainsi qu’au Mont Vélan. Dans ces sites, il n’existe pas de bornes pour marquer la frontière comme c’est le cas sur le rocher.

L’échange de notes entre autorités suisses et italiennes a permis de fixer «le critère selon lequel la frontière coïncide avec la ligne de crête d’un glacier». La frontière doit «suivre les modifications naturelles progressives de la ligne de crête». En cas de fonte complète du glacier, elle doit coïncider avec la ligne de partage des eaux ou de crête de la surface rocheuse émergente. En pratique, le tracé incombe à la Commission mixte pour l’entretien de la frontière italo-suisse.

Les Suisses fêtent cette victoire de manière assez inattendue.

Réflexion Splash

Je suis en train de réécouter mes Marilyn Manson là (ouais ça faisait longtemps, et puis ça change de la jpop) et quand même ce mec est fort. Très fort.

La manière dont il use des travers de la société occidentale (dans son extrémité américaine) est brillant. La religion, la société de consommation, le sexe, la drogue, le patriotisme et les armes à feu, le show-business, tout ces modes de vies se ressemblent et procèdent du même pathos.
En effet : les intégristes religieux sont des exhibitionnistes, les consommateurs obsessifs sont dangereux, les obsédés du sexe ne sont rien d’autre que des consommateurs, les patriotes main sur le cœur et finger on the trigger sont obscènes, les stars sont accros. Tous ces archétypes sont interchangeables et Marilyn Manson, en les amalgamant, les révèle dans toutes leurs contradictions.

Lui-même reconnaît être un produit de cette société (la série de photos le montrant emprisonné dans un caddie de supermarché illustre remarquablement cette prise de conscience, de même que son nom de scène, réunissant les créatures Marilyn Monroe et Charles Manson), et assume le paradoxe qu’il représente par le rôle qu’il tient : Marilyn Manson est un monstre, un mutant fait de frustration, de dollars et d’entertainment.
Marilyn Manson est réellement l’antéchrist en ce qu’il représente, qu’il ramène en lui tout ce qui est la cause du déclin de la société occidentale.

Dans This Is The New Shit, Marilyn Manson, plutôt que d’écrire une chanson rebelle, en retient seulement les éléments pseudo-subversifs qui suffisent toujours à vendre un produit labellé ‘cool’ : sexe, drogue, fête, violence. La chanson consiste entièrement dans la morne litanie de ces termes dépouillés de toute signification, vides et détachés de tout contexte, révélant par là le néant que représente tout ce monde – lucratif – de la contestation gratuite. Le message de cette chanson : quelques mots choisis suffisent à faire mouiller le petit-bourgeois rebelle qui a assez d’argent pour acheter des disques. Pourquoi dès lors s’emmerder à faire des phrases, qui plus est du sens ?
Cette chanson est un monument pop, au sens warholien du terme. Prête à être consommée, digérée, déféquée :

Everything has been said before
There’s nothing left to say anymore
When it’s all the same
You can ask for it by name

Babble babble bitch bitch
Rebel rebel party party
Sex sex sex and don’t forget the violence
Blah blah blah got your lovey-dovey sad-and-lonely
Stick your STUPID SLOGAN in:
Everybody sing along.
Babble babble bitch bitch
Rebel rebel party party
Sex sex sex and don’t forget the violence
Blah blah blah got your lovey-dovey sad-and-lonely
Stick your STUPID SLOGAN in:
Everybody sing,
Are you motherfuckers ready
For the new shit?
Stand up and admit,
tomorrow’s never coming.
This is the new shit.
Stand up and admit.
Do we get it? No.
Do we want it? Yeah.
This is the new shit,
Stand up and admit.

So,
LET US ENTERTAIN YOU
LET US ENTERTAIN YOU…
Blah blah blah blah everybody sing along.

Bien entendu, il faut mesure garder et reconnaître dans les attaques de Marilyn Manson une caricature de la société américaine, féroce et pertinente, certes, mais exagérée à l’envi. L’Apocalypse n’est peut-être pas, n’en lui déplaise, au coin de la rue.

Albums choisis : Hollywood ; The Golden Age Of Grotesque.

#Réflexion Flash# (par Flash entendez bien sûr : truc super long écrit à l’arrache avec des tonnes de digressions sans rapport avec le sujet initial et pas forcément très pertinentes)

Salut les amis c’est Tranxenne. Voilà je rejoins eSM pour inaugurer la section Réflexion flash. Perso j’aurais bien appelé ça Prise de tête. Second degré tout ça tout ça. Faut qu’on se décide. Réunion du Comité Administratif du mur bientôt. Faut pas que ça vous fasse peur d’ailleurs. Croyez pas que le mur va devenir un repaire d’intellos. Mais à l’origine du mur on se confiait beaucoup plus (on était jeunes et plein de doutes). Aujourd’hui on s’explique. On s’expose. Évolution naturelle. On va voir si ça prend. On va pas faire que ça non plus, ne serait-ce que pour des raisons de temps que ce genre de fantaisie prend à écrire et même à lire.
Donc voilà ma première contribution flash. Vous allez me dire qu’elle a rien de flash. J’essaierai de faire – beaucoup – plus court la prochaine fois mais disons que là j’avais beaucoup à dire et puis c’était pour commencer le truc en fanfare. J’ai quand même essayé de faire quelque chose d’intéressant. Ça débute comme une fiction parce que je savais pas trop par où commencer mais ça se poursuit vite en style pamphlétaire. Respirez un grand coup. C’est parti.

“Je refuse !”
A. lança cette exclamation à qui voulait l’entendre, et tant pis si personne ne le voulait. C’était un cri du coeur, c’était aussi un trait d’esprit car, sans préciser ce qu’il rejetait là, on ne pouvait qu’augurer de l’étendue de sa dénégation, qui se transformerait vite en abnégation. Car ce qu’A. refusait, c’était tout. “Non Serviam”, avaient jeté d’autres esprits, de singulières essences, et par là ils s’opposèrent à l’autorité, à la société, au monde. S’inspirant de cet exemple, A. s’imaginait aller plus loin et rejeter la vie elle-même, par là même toute action, fût-elle attentatoire à sa propre existence. Ce qu’il avait décidé, c’était de ne plus rien faire, ne plus rien dire, ne plus rien penser, bref n’être plus rien ni personne. Et qu’on ne lui demande pas son avis.

Tout le dégoûtait. Se sachant partie d’un système qui rongeait le monde et les âmes, un système qui assimilerait et utiliserait la moindre de ses actions comme une nourriture pour croître, chaque acte étant productivité, A. décidait de ne plus faire un seul mouvement, tel un rongeur faisant le mort sous l’oeil impavide d’un prédateur.
“Notre croissance en tant qu’espèce n’étant plus ni dirigée, ni contrôlée, toutes nos actions deviennent négatives, notre souffle même est un poison. Notre existence devient cancer. Sans objectif, notre ardeur à l’expansion devient la racine de notre extinction. Chaque individu même le mieux intentionné n’est qu’un rouage d’une machine conçue pour détruire. La vie même est devenue néfaste.”

A. pensait également qu’un suicide serait inévitablement interprété comme l’expression d’un mal-être et d’une souffrance incomprise. Or, c’était les autres qu’il ne comprenait pas. Aussi, pour éviter qu’ils n’écartent son refus comme celui d’un malheureux, d’un inadapté, pour ne pas qu’on l’oublie, il avait décidé de pousser jusqu’au bout l’expérience de cette non-vie et même poussait le vice jusqu’à vivre le plus sainement possible afin de prolonger son existence. Ne buvant pas, ne fumant pas, mangeant peu et sainement, faisant du sport, il étonnait son entourage, lequel s’abîmait en paradis artificiels et autodestructeurs.
A. vivait son cauchemar en plein, il refusait de l’adoucir par l’usage de drogues ou de l’écourter par des comportements à risques.

Les autres, ceux qui jouent le jeu de l’existence, qui fuient et s’effraient de la mort semblent pourtant faire peu de cas de leur propre vie, maltraitant par intoxication et travail forcé leurs êtres, leur environnement, desquels leur vie même dépent. Ils ne peuvent, disent-ils, pas faire autrement. Esclaves ! Esclave de votre mode de vie, de votre peur de la mort ! Esclaves de votre esclavage même !

Je ne crains pas la mort car je n’aime pas la vie.

Ainsi pense A. Même alors l’implacable roue du destin l’entraîne. Même s’il s’en défend, son comportement, apparenté au wu-wei (non-faire) des taoïstes, n’est qu’un autre avatar du changement, une réaction visant à l’équilibre dans sa contradiction même. La vanité de tout effort lui fait baisser les bras. Le caractère éphémère de la vie, de toute vie, de l’univers même, les Big Bang succédant aux Big Crunch pour l’éternité, et l’impossibilité pour aucun être, pour l’humanité, de laisser la moindre trace dans l’infini n’incite pas au courage ni à l’action.

Une espèce, intelligente ou non, peut-elle s’élever suffisamment pour contrôler l’univers, pour abolir le temps et la mort, pour s’assurer qu’une de ses création, même une seule, devienne éternelle, pour empêcher le cycle du retour Samsara, celui de la vie, celui de l’univers ?
Peut-être. Mais l’humanité, ses préoccupations mesquines et ses comportements absurdes, n’en prend pas le chemin. L’humanité, dans tous ses actes et de toutes ses voix, sans même s’entendre ni se comprendre, désire l’extinction, l’appelle de ses voeux inconscients. Car l’extinction apporterait l’oubli et la promesse d’un nouveau départ, d’un nouveau monde sans passé. Nihilismes, destructions gratuites, comportements à risques, autant d’appels à l’extinction pure et simple. Égoïsme, hédonisme et cupidité n’en sont que les faces inverses. Voilà aujourd’hui notre société globale.

Évidemment, la perspective de ne rien pouvoir laisser, de ne rien pouvoir changer, la fondamentale inutilité de l’évolution, l’absence de but à la vie, fait perdre à beaucoup toute mesure et toute raison. Faut-il pour autant cesser de croire et d’espérer ? Faut-il souffler la chandelle sous prétexte qu’elle finira par se consumer toute ? Qui se souviendra de Jésus-Christ dans deux millions d’années ? Ou bien quand l’univers sera réduit à un agrégat de particules si serrées qu’elles ne pourront plus qu’exploser ? L’idée de Christ reviendra-t-elle dans un prochain univers ? Y a-t-il des caractères incompressibles ? Y aura-t-il des soleils et des planètes dans un prochain univers ? L’Homme pourra-t-il exister ? Ou bien l’art, la connaissance, la mémoire ? Pourquoi conquérir l’univers si ce dernier doit immanquablement se trouver réduit à rien ?

Homme libre toujours tu chériras la mort.

Personne ne considère le suicide comme un acte positif. C’est une erreur mais c’est la raison pour laquelle A. ne se suicidera pas. On ne cherche jamais à comprendre réellement les raisons d’un suicide, on écarte le geste comme triste et malheureux. Je ferais de mon existence une vie négative (en effet miroir de la mort positive du suicide) pour forcer les gens à se pencher sur mon cas, à se poser des questions, à se remettre peut-être eux-mêmes en question. Un suicide sans mort. Un rejet de la société, de la perversion de sentiments autrefois nobles, de la perversion aussi des pulsions de vie, des modes de vie gonflés de pathos et d’atavismes, du renversement des valeurs.

Lutte pour la survie, reproduction, conquête, compétition, séduction, ambition, soumission, destruction, le moindre de mes éternuements est lutte, combat contre des microbes allogènes, rejet de déchets insanes. Leur tentative pour affaiblir mon système immunitaire provoque la réaction de mon organisme.

L’amitié même est la pire des guerre, une illusion où l’on tente de faire sien un être, de le façonner à son image. À force de se frotter l’une à l’autre, deux personnalités deviennent adaptables, et s’adaptent, et sont heureuses de se retrouver ensemble. Quand deux personnalités ont beaucoup de points d’accroche, on appelle ça l’amitié. L’amitié s’entretient, bien sûr, car toutes les rencontres et tous les évènements polissent eux aussi la personnalité de chacun. Il faut constamment vérifier que les deux parties d’une amitié s’emboîtent toujours correctement. Si un jour ça ne va pas, il faut polir les angles, creuser quelques fossettes et puis ça rentre à nouveau.
L’amitié n’est qu’un autre champ de bataille avec ses trèves et ses tranchées, sa ligne de front et ses balles perdues.
Chaque mot que tu envoies vers l’autre est une balle tirée pour le tuer, pour t’étendre toi, ton territoire. Les conversations les plus amicales sont des batailles féroces.
Vouloir partager ses propres goûts, qu’ils soient musicaux littéraires ou autre, culinaires même, c’est vouloir les propager. Quand tu conseilles un live à quelqu’un, tu espères qu’il l’aimera, tu l’as aimé d’abord, tu ne fais qu’essayer de gonfler ta sphère d’influence. Personne ne conseille un livre qu’il n’a pas aimé. Personne ne professe une opinion en laquelle il ne soit pas convaincu.

Heureux et en paix sans courir après la fortune et les relations, sans vouloir ma propre EXPANSION, c’est ce que je veux leur montrer. Pas d’ambition, partant pas de soucis. Pas de projet, partant pas de peur.
Mais au final ce désir, cette décision même n’a aucune importance car elle sera pareillement réduite à néant. Elle est aussi vaine que ce à quoi elle s’oppose car tout participe de la même force, fait tourner la même roue. Ma décision n’est qu’une réaction destinée à devenir (ou non) un courant, puis un mode de pensée et de vie auquel s’opposera une nouvelle réaction. Aucun intérêt à tout cela, juste l’implacable machinerie de la vie qui n’a d’autre souci que de se perpétuer, peu importe sous quelle forme.

La vie a-t-elle une chance ? Peut-elle vaincre la mort ? La vie peut-elle durer toujours ? Se renouveler, recommencer tout, encore et encore, repartir toujours de zéro ? L’Homme, a son niveau actuel de développement, est-il force de vie ou bien force de mort ? Est-ce qu’il sème ou est-ce qu’il fauche ?

L’individu lambda croit que son statut d’espèce supérieure est inné. Or, être Homme est un travail qui se recommence chaque jour, à chaque instant. Je regarde dehors et je ne vois pas d’Homme, je ne vois que des bêtes. Ce qui nous fait Homme, espèce supérieure, c’est ce qui nous sépare du bestial et uniquement cela. Pas grand-chose, donc. La plupart des gens, la plupart du temps, n’utilisent que des fonctions animales, sans pouvoir ni même vouloir s’en défaire. “C’est naturel !”, “c’est l’instinct !”, répondent-ils à ceux qui leur démontrent l’inanité de leur comportement, tout ce qui dans leurs actes tend à nous détruire en tant qu’espèce. Les pulsions de vie deviennent pulsions de mort et la reproduction est maintenant un facteur d’extinction. Ces fonctions naturelles, animales, commandent l’action, toujours. L’action pour s’étendre, pour dominer, pour soumettre. L’action, l’activité, l’activisme, la productivité, faire quelque chose, n’importe quoi, ne pas rester inactif de peur de perdre du terrain, de peur qu’on nous croit mort. Être vu, être connu, être célèbre, se montrer, occuper le terrain. L’Artiste même suit un schéma identique : l’art n’est qu’une sublime manière de s’exprimer, de s’étendre, de transformer les autres en plus-comme-moi.

“Trop de mains pour changer le monde, pas assez d’yeux pour le contempler.” disait Julien Gracq. Encore qu’on ne change le monde que pour son propre profit, le plus souvent. L’esprit de sacrifice, ou plus simplement la compassion, est si peu animale, si pleinement humaine !
Aujourd’hui la compassion disparaît, la charité est devenue solidarité, elle est institutionnalisée, elle est instrumentalisée. On n’a plus à être charitable, on paye des impôts ! On a délesté les gens de tout devoir civique. On attend impatiemment de pouvoir euthanasier en toute légalité les vieux et les handicapés, fardeaux économiques pour la société.

Trop d’acteurs, pas assez de spectateurs. Vivre, mais pourquoi ? Quel intérêt y-a-t’il a créer ou à bâtir quelque chose quand chacune de nos création nous met un peu plus en péril ? Plus aucune de nos oeuvres n’essaye de nous transporter au-delà de nous-mêmes, de nous transcender, de nous sauver. Tant de chef-d’oeuvres du passé, ignorés, délaissés, oubliés voire détruits, remplacés par de petites oeuvres sans beauté, créées par des artistes dépourvus de vision, de passion, d’application, mais par contre remplis d’égo.

Refuser également d’être un soldat ou un consommateur. Refuser d’être un pion et refuser d’être roi. Refuser de soumettre comme de se soumettre. Refuser de manger comme d’être manger. Refuser d’être, en fait.
Refuser la vie, ses lois, l’absence de sens, la simple progression aveugle de ses composantes s’absorbant, s’échangeant, se dévorant les unes les autres pour la simple survie de la vie. Refuser l’entropie. Pareillement refuser la négentropie car l’une entraîne invariablement l’autre depuis la nuit des temps et le début des univers, si début il y eut.
Je crois que c’est cela qu’on appelle rebellion.

Sans doute, seule la mort volontaire constitue un refus parfait, sans concession, à la vie et à ses méthodes. Pourtant ce n’est pas une solution à privilégier car comme expliqué plus haut, le suicide est trop souvent – toujours – considéré comme un échec, par le suicidé même également ! Or c’est d’une victoire dont il s’agit ici. Victoire sur le changement qui n’en est pas un, victoire sur nos atavismes et ceux de tous les êtres vivants, victoire sur l’évolution insensée, aveugle, sans logique ni but, avec nulle autre fin que son écroulement sous son propre poids ou bien la fin/début d’un autre cycle (Big Crunch/Big Bang), victoire sur la reproduction à l’identique du seul schéma existant, celui de la vie, victoire sur la vie elle-même.
Et encore : la mort ne fait-elle pas partie du processus ? Qui sait si le retour, l’Éternel Retour nietzschéen, n’est pas là aussi inévitable. En ce cas, nous sommes condamnés, à perpétuité, sans aucun espoir de paix ou d’évasion. Reste le refus conscient, la mort positive, le wu-wei, la rebellion. Maigre consolation : nager à contre-courant, c’est encore nager. Et le courant est à jamais plus fort.

Les animaux ne se suicident pas.

Est-il toutefois possible d’agir (!) pour renverser la tendance actuelle à l’entropie conduisant vers l’extinction ? Dans l’ordre universel des choses, sûrement pas, les forces à l’oeuvre échappent à l’homme bien qu’elles soient fondamentalement les même qui régissent son métabolisme et son comportement. À son échelle cependant, la relance des programmes de colonisation spatiale lui éviteront une fin sordide, piétiné par sa démographie, enseveli sous ses propres déchets. Évidemment, la fin de l’entropie pour l’homme signifie sa négentropie, donc le retour de l’expansion, des conquêtes. Peut-il devenir assez sage pour comprendre les lois régissant l’univers (il suffirait sans doute qu’il se comprenne lui-même (?)), pour réussir éventuellement à stopper l’arrivée d’un lointain Big Crunch.

Et puis ? L’univers est-il infini ? Même s’il l’est, quel sens y a-t-il, quel intérêt à s’étendre sans fin, de coloniser de nouvelles galaxies, de remplir leurs systèmes stellaires d’autres humains, copies conformes de nous-mêmes, tout évolués qu’ils soient. Les cafards comme le chiendent n’ont pas d’autre ambition : remplir tout l’espace connu de répliques de nous-mêmes, transformer tout à notre image, aux dépens et en guerre contre tout ce qui ne nous ressemble pas. Simplement l’homme possède des moyens démesurés pour satisfaire cet instinct que possède tout microbe. L’objectif ultime de chaque espèce est de dominer son écosystème, de se reproduire jusqu’à éradiquer toute compétition, de faire du monde une reproduction de soi-même. Normalement, un équilibre, un rapport de forces, une tension s’installe entre les différentes espèces. Quelquefois cependant une espèce prend l’ascendant sur les autres et s’étend sans plus de contrôle ni externe, ni interne. Même une espèce intelligente ne sait contrôler son expansion et continue à bouffer tout ce qui ne lui ressemble pas jusqu’à assurer son auto-destruction par uniformisation.
La colonisation de l’espace n’est qu’un report de cette problématique à un écosystème plus vaste. La présence ou non d’extra-terrestres n’a pas d’importance. Ce seront simplement de nouvelles espèces à compétiser.

N’est-ce pas sur la même base, s’étendre ou mourir, que s’érige également l’univers ? La seule chose qui échappe à la Loi, les seules idées fondamentalement humaines sont fort rares : compassion, humilité. Quoi d’autre ?

L’anarchie c’est le refus d’un système, d’un modèle, d’une société. La société tire ses fondamentaux de la Nature : domination, soumission, survie. Les plantes aussi se livrent une guerre sans merci ! Ce qui nous fait Homme c’est justement ce qui nous distingue de l’animal, de la nature. En cela, les valeurs promues par le christianisme (humilité, pauvreté, compassion, sacrifice) sont anti-naturelles. Être chrétien c’est être rebelle. C’est aussi refuser la vie ou tout au moins ses méthodes. Une vie sans désirs, sans paroles, sans actions, sans pensée même semble donc une vie idéale. C’est la vie du moine, de l’ermite.

“Fils du néant, qu’as-tu donc à te plaindre ?” – L’Imitation de Jésus-Christ.

Un point de vue discordant sur la piraterie

In 1991, the government of Somalia collapsed. Its nine million people have been teetering on starvation ever since – and the ugliest forces in the Western world have seen this as a great opportunity to steal the country’s food supply and dump our nuclear waste in their seas.

Yes: nuclear waste. As soon as the government was gone, mysterious European ships started appearing off the coast of Somalia, dumping vast barrels into the ocean. The coastal population began to sicken. At first they suffered strange rashes, nausea and malformed babies. Then, after the 2005 tsunami, hundreds of the dumped and leaking barrels washed up on shore. People began to suffer from radiation sickness, and more than 300 died.

Ahmedou Ould-Abdallah, the UN envoy to Somalia, tells me: “Somebody is dumping nuclear material here. There is also lead, and heavy metals such as cadmium and mercury – you name it.” Much of it can be traced back to European hospitals and factories, who seem to be passing it on to the Italian mafia to “dispose” of cheaply. When I asked Mr Ould-Abdallah what European governments were doing about it, he said with a sigh: “Nothing. There has been no clean-up, no compensation, and no prevention.”

At the same time, other European ships have been looting Somalia’s seas of their greatest resource: seafood. We have destroyed our own fish stocks by overexploitation – and now we have moved on to theirs. More than $300m-worth of tuna, shrimp, and lobster are being stolen every year by illegal trawlers. The local fishermen are now starving. Mohammed Hussein, a fisherman in the town of Marka 100km south of Mogadishu, told Reuters: “If nothing is done, there soon won’t be much fish left in our coastal waters.”

This is the context in which the “pirates” have emerged. Somalian fishermen took speedboats to try to dissuade the dumpers and trawlers, or at least levy a “tax” on them. They call themselves the Volunteer Coastguard of Somalia – and ordinary Somalis agree. The independent Somalian news site WardheerNews found 70 per cent “strongly supported the piracy as a form of national defence”.

No, this doesn’t make hostage-taking justifiable, and yes, some are clearly just gangsters – especially those who have held up World Food Programme supplies. But in a telephone interview, one of the pirate leaders, Sugule Ali: “We don’t consider ourselves sea bandits. We consider sea bandits [to be] those who illegally fish and dump in our seas”.

Did we expect starving Somalians to stand passively on their beaches, paddling in our toxic waste, and watch us snatch their fish to eat in restaurants in London and Paris and Rome? We won’t act on those crimes – the only sane solution to this problem – but when some of the fishermen responded by disrupting the transit-corridor for 20 per cent of the world’s oil supply, we swiftly send in the gunboats.

L’article complet dans TheIndependent.

Why hasn’t America been attacked since 9/11?

Dans une série d’articles à paraître tous les jours pendant une bonne semaine, Timothy Noah, Américain et journaliste, revient sur les craintes exprimées au lendemain du 11 septembre et étudie les raisons possibles de leur non-concrétisation, de la plus rassurante à la plus terrifiante.

Hier c’était “The Terrorists-Are-Dumb Theory”. Aujourd’hui Noah évoque “The Near Enemy”.
Je me demande où se situe “George W. Bush was right all along” dans la liste. Rassurant ou terrifiant ? 😀
(Bon en fait les réactions (ainsi que les préventions (sic) : voir extrait ci-dessous) de l’administration US aux attaques contre le sol américain sont déjà prises en comptes dans les modèles proposés)

Extrait de la première partie :

“Al-Qaida’s successful elimination of the Twin Towers, part of the Pentagon, four jetliners, and nearly 3,000 innocent lives makes the terror group seem, in hindsight, diabolically brilliant. But when you review how close the terrorists came to being exposed by U.S. intelligence, 9/11 doesn’t look like an ingenious plan that succeeded because of shrewd planning. It looks like a stupid plan that succeeded through sheer dumb luck.

Consider:

• Conspirator Khalid Almihdhar, who was (at least theoretically) under U.S. surveillance for his suspected role in the bombing of the USS Cole, aroused suspicion at a San Diego flight-training school with his impatient request that he be taught how to fly a Boeing jet. (On 9/11, Almihdhar would help crash American Flight 77 into the Pentagon, killing 189 people.)

• Another conspirator, Nawaf Alhazmi, aroused suspicion when he boasted to a fellow gas-station employee that he would become famous. (Alhazmi would go down with Almihdhar on Flight 77. For more on what the Federal Bureau of Investigation knew about Almihdhar and Alhazmi prior to 9/11, click here.)

• By late July, former Central Intelligence Agency chief George Tenet told the 9/11 Commission, “the system was blinking red,” and earlier that same month, FBI special agent Kenneth Williams sent a memo from the Phoenix office to Washington noting “an inordinate number of individuals of investigative interest” attending flight school in Arizona. (To read the memo, click here.)

• In early August, President Bush received a classified daily brief famously titled “Bin Laden Determined To Strike in U.S.” (To read it, click here.)

• Later in August, the FBI’s Minneapolis office interrogated Zacarias Moussaoui, who had aroused suspicion at a Minnesota flight school by asking about New York City flight patterns and whether a jetliner’s cockpit doors could be opened while it was airborne. (To read a summary of what the Minneapolis office knew as of Aug. 19, click here.) Moussaoui’s recklessness and volatility made his al-Qaida superiors reluctant to use him in the 9/11 attack; he was likely being held in reserve for a future al-Qaida attack, or possibly as a backup pilot for 9/11.

• Tenet, despite knowing “the system was blinking red,” did nothing after he was briefed about Moussaoui on Aug. 23. (To read Tenet’s “Terrorist Threat Review Update” for that day, click here.)

• In trying to obtain a warrant to examine Moussaoui’s laptop, a field officer in the FBI’s Minneapolis office told FBI headquarters that he was “trying to keep someone from taking a plane and crashing into the World Trade Center.” The FBI did not obtain the evidence of Moussaoui’s al-Qaida link deemed necessary to obtain that warrant until two days after 9/11.

Nearly eight years after the attacks, it remains physically sickening to review these for-want-of-a-nail details about what the U.S. government knew prior to 9/11.”

À suivre, donc.

Sang & vodka

Faisons un post intello, tiens, pour changer.

Je suis depuis le début du mois plongé dans la lecture du chef-d’oeuvre de Mikhaïl Cholokhov, intitulé Le Don paisible. Le titre est trompeur à deux égards : d’abord, le Don est un fleuve qui coule au Sud-Ouest de la Russie et qui, avant de se jeter dans la Mer d’Azov, traverse par moults détours des régions appartenant à certaines communautés Cosaques – les biens nommés Cosaques du Don, en fait, cela pour les différencier des Cosaques Zaporogues.
Ensuite, on ne trouve pas grand-chose de paisible dans ce livre, à part peut-être le fleuve, justement, d’où le titre du bouquin, sans doute, contraste entre les hommes et les éléments, tout ça, tout ça, c’est bien beau mon petit Mikhaïl mais c’est pas avec un titre de ce genre-là que tu vas accrocher le lecteur, tu vois, il lui faut un truc qui tape plus, surtout pour lui donner envie de lire un pavé comme le tien, faut lui dire que ça parle de cul et de guerre, même si je sais bien qu’il y a pas des masses de cul dans ton bouquin, c’est bien dommage d’ailleurs. Par contre de la guerre ! Ah ça mon cochon tu nous as gâté ! Écoute-moi mon petit Cholokhov, tu vas appeler ton bouquin Guerre et Paix ! Ça pète ça, non ? Quoi, déjà pris ? Bon alors pourquoi pas Sang et vodka ? Ouais. C’est du bon ça. Ça va faire frémir la ménagère dans les chaumières.

Malheureusement cette conversation n’a jamais eu lieu et le titre du livre de Mikhaïl Cholokhov est resté le Don paisible. Du coup je me sers de Sang & vodka pour le titre de mon post. Disons-le tout net, je suis bien meilleur que lui pour les titres. J’escompte au demeurant recevoir un Prix Nobel pour ce post. Ou bien juste pour ce titre. Prix Nobel du titre qui en jette. Pour rester au niveau de l’auteur.

En effet, le Don paisible a reçu le Prix Nobel (de littérature, n’est-ce pas) en 1965, ce qui remonte au temps de la guerre froide, c’est louche tout ça, on se demanderait légitimement si cette attribution n’a pas été dictée par des choix plus politiques que littéraires, mais en fait non, c’est quand même un super bouquin, énorme dans tous les sens du terme puisque le Don paisible fait pas loin de 2500 pages. Oui. Quand même. Peut-être bien qu’à l’époque ils donnaient le Nobel au poids. Bon, mais ne vous enfuyez pas pour autant, on n’est pas en train de parler de Proust, là.
Cholokhov est Russe et comme tout écrivain russe qui se respecte, son récit est fort, violent, fluide, immersif. Les descriptions sont rares mais frappantes comme des coups de cravaches. Les personnages sont d’un réalisme à vous faire reculer. Les scènes se succèdent comme des rafales de mitrailleuse et… ah mais… et si je vous parlais de l’histoire même du livre, son essence, sa substantifique moelle.

Le Don paisible raconte l’histoire des Cosaques du Don durant les années troubles de la première guerre mondiale et de la révolution qui s’ensuivit en Russie, transformant le pays et ses habitants pour le siècle à venir (voire pour toujours). Leurs actions, leurs motivations, leurs peurs, leurs epoirs, rien ne sera passé sous silence.
L’action débute dans un village cosaque, à Tatarski. La vie quotidienne et domestique de ses habitants, aux champs, au foyer, à l’église ou ailleurs nous est relatée par le biais de nombreux personnages.
On suit notamment Grigori Mélékhov, fils de Panteleï Mélékhov, qui entretient une relation coupable avec Aksinia, la femme de son voisin. Comme l’histoire débute en 1912 on se doute bien que d’une manière ou d’une autre ça va mal finir, pour notre plus grand plaisir (les Russes c’est comme les Irlandais, on ne les aime que quand ils souffrent). Je ne vais pas vous raconter le livre par le menu mais disons seulement qu’après un bon moment passé dans la stanitsa cosaque (communauté regroupant plusieurs villages) à faire connaissance et se familiariser avec la rudesse des moeurs et du pays, l’atmosphère change et l’on vit avec eux l’angoisse de bouleversements imminents : mobilisation, manoeuvres, tensions avec les Autrichiens de chez Schmidt d’en face…

Ce qui devait arriver arrive finalement, c’est la guerre (hourra !).
La plupart des hommes sont envoyés au combat pendant qu’au village les récoltes pourrissent et les femmes se languissent (non je ne veux pas dire par là qu’elles se font des choses avec la langue pour pallier à l’absence des hommes).
Sur le front, ça rigole pas. Je ne sais pas si vous vous souvenez de vos cours d’histoire sur la première guerre mondiale mais on pouvait compter des centaines de milliers de morts sur une seule journée pour peu qu’il ait fait beau et que le pudding de la cantine ait été appétissant. Ce qui implique que sur la kyrielle de Cosaques qu’on a croisé et dont on a consciencieusement retenu le nom et un semblant d’apparence au début du récit, les 3/4 environ vont se faire descendre en quelques pages. Ça permet d’y voir plus clair, c’est pas plus mal.

Parallèlement aux récits de combats on suit la vie des officiers et des soldats cosaques dans les tranchées (la cavalerie sera rapidement abandonnée, et les Cosaques mis à pied, au profit d’une infanterie campée sur ses positions : tranchées, mitrailleuses, etc… le tout très semblable au front occidental, en fait). Au fil des pages et des mois on sent cependant le mécontentement sourdre dans les rangs russes. L’insubordination se fait de plus en plus fréquente, des fauteurs de troubles distribuent aux soldats des tracts les enjoignant à déserter, altercations et pillages deviennent courants… Les soldats, enhardis par la guerre, l’horreur des combats et la proximité de la mort, rompus au maniement des armes, las de cette guerre qui n’en finit pas et où rien ne bouge, se sentent de plus en plus prêts à tout. La plupart d’entre eux veulent juste rentrer chez eux. D’autres parlent d’injustice, de bourgeoisie, d’une guerre inepte commandée par des dirigeants insensés, d’aristocrates fumant leur pipe au-dessus de cartes d’état-major dans des salons richement décorés pendant que le peuple changé en armée pourrit et crève dans les tranchées pour satisfaire aux plans et aux exigences de Leurs Noblesses.

La guerre russo-japonaise de 1905 avait entraîné de graves troubles, sévèrement réprimés. La guerre de 1914 provoquera l’explosion des ressentiments et aboutira à la Révolution d’Octobre.
Toujours est-il que la plupart des soldats se méfient des Cosaques. En effet ce sont des divisions cosaques qui avaient maté, avec une extrême violence, les émeutes de 1905.

Je ne suis qu’au tiers du bouquin (ce qui fait 800 pages tout de même) et c’est réellement passionnant.
Il est intéressant d’observer les personnages évoluer, avant la guerre, pendant la guerre puis la révolution, de voir leur vie, leurs opinions changer, de voir quel camp chacun choisira lors de la guerre civile. Si certains ont leur avenir tout traçé, d’autres semblent hésiter constamment. Comme je l’ai dit, le style est fluide, ça se lit tout seul, ce qui est caractéristique des romanciers russes, du moins je trouve : on est emporté par un flot narratif tour à tour puissant ou rafraîchissant, mais jamais lourd ou ennuyeux.

En bref, une très bonne lecture que je vous recommande.

Traps and Trickery

Encore un post sur le conflit qui oppose l’armée israélienne aux forces du Hamas. On va finir par croire que le Mur de Laine de Briques est un blog politique.
Il s’agit d’un très bon article du New York Times sur les pièges et les supercheries utilisées par les deux camps pour tromper l’ennemi et s’assurer l’avantage dans un environnement extrèmement difficile à maîtriser : l’agglomération urbaine. De toute façon : “wars of the future will likely happen, for the most part, in cities”. Encore une bonne raison pour s’installer à la campagne, si vous voulez mon avis.

Côté Hamas, on fait pas forcément dans la finesse :

“In one apartment building in Zeitoun, in northern Gaza, Hamas set an inventive, deadly trap. According to an Israeli journalist embedded with Israeli troops, the militants placed a mannequin in a hallway off the building’s main entrance. They hoped to draw fire from Israeli soldiers who might, through the blur of night vision goggles and split-second decisions, mistake the figure for a fighter. The mannequin was rigged to explode and bring down the [inhabited] building.”

Les Israéliens semblent plus pondérés dans leur approche :

“Israeli intelligence officers are telephoning Gazans and, in good Arabic, pretending to be sympathetic Egyptians, Saudis, Jordanians or Libyans. After expressing horror at the Israeli war and asking about the family, the callers ask about local conditions, whether the family supports Hamas and if there are fighters in the building or the neighborhood.”

Bref je vous recommande chaudement la lecture de cet article, qui a également le mérite de poser la question du soutien moral et du contrôle de l’information.