Tag Archive: Le pudding frais fait l'armée saine


Un drone tente de déserter

Un drone de combat de type Reaper a été abattu par l’armée américaine dans le nord de l’Afghanistan le week-end dernier, alors qu’il tentait de passer la frontière. Au moment de sa mise hors fonction, le drone était officiellement considéré AWOL (Absent Without Leave – absent sans autorisation), bref comme un déserteur.

D’après le USAFCENT Public Affairs : “Le drone effectuait une mission de combat lorsque le contrôle effectif du MQ-9 (le Reaper en question) a été perdu. Lorsqu’il fut clair qu’il suivait une trajectoire qui le ferait quitter l’espace aérien afghan, un chasseur de l’US Air Force – à pilote humain – a fait le nécessaire pour détruire l’engin dans une aire isolée du nord du pays.”

Il n’a pas été précisé si le comportement erratique du Reaper était dû à un problème technique ou bien à un détournement orchestré par des forces hostiles – bien que cette dernière éventualité soit peu probable, elle reste à envisager. Peut-être que le drone en avait tout simplement marre et a décidé de déserter. Peut-être que sa famille lui manquait. Peut-être que le pudding de la cantine n’est plus aussi bon qu’auparavant.

En tout cas la sentence est sans appel. Ses petits camarades, s’ils étaient tentés par ce genre d’escapade, ont dû saisir le message.

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Le coin des stratèges

Les troupes avancent avec détermination et le moral est au plus haut. Partout où l’armée avance, la nature recule. C’est beau comme un slogan anarcho-écologiste. En plus, on n’a jamais si bien mangé à la cantine.

Les plus conservateurs diront que tout cela ne vaut pas un bon pudding.

Côté intérieur, des dégâts ont été signalés dans les réseaux de canalisations des grandes villes, ainsi que des affaissements de chaussée causés par des taupes sabotant le sous-sol par leurs galeries. De nombreuses personnes se sont en outre plaint d’une invasion de cafards, fourmis et autres insectes nuisibles. Ceux-ci s’introduisent en masse chez l’habitant et envahissent placards, tuyauteries et literie.
À noter qu’un immeuble s’est effondré dans la périphérie bruxelloise suite à l’action terroriste de termites. Toutes ces nuisances bénignes ne doivent toutefois être considérées que comme de dérisoires obstacles impropres à empêcher l’implacable avancée de notre croisade contre l’environnement.

À l’Est, une division d’infanterie au complet continue de surveiller les mouvements de la forêt de la région Limbourgeoise, des fois que les arbres nous préparent un sale coup. Aucun mouvement n’a été rapporté par nos troupes qui restent vigilantes.

Enfin à l’étranger, les nations-unies ont plébiscité la Belgique, félicitée pour avoir saisi à bras-le-corps le problème de l’environnement, qui nous concerne tous. Seuls les Suisses ont fait état d’un certain scepticisme, ce qui n’étonnera personne, la fourberie helvète étant légendaire.

Sang & vodka

Faisons un post intello, tiens, pour changer.

Je suis depuis le début du mois plongé dans la lecture du chef-d’oeuvre de Mikhaïl Cholokhov, intitulé Le Don paisible. Le titre est trompeur à deux égards : d’abord, le Don est un fleuve qui coule au Sud-Ouest de la Russie et qui, avant de se jeter dans la Mer d’Azov, traverse par moults détours des régions appartenant à certaines communautés Cosaques – les biens nommés Cosaques du Don, en fait, cela pour les différencier des Cosaques Zaporogues.
Ensuite, on ne trouve pas grand-chose de paisible dans ce livre, à part peut-être le fleuve, justement, d’où le titre du bouquin, sans doute, contraste entre les hommes et les éléments, tout ça, tout ça, c’est bien beau mon petit Mikhaïl mais c’est pas avec un titre de ce genre-là que tu vas accrocher le lecteur, tu vois, il lui faut un truc qui tape plus, surtout pour lui donner envie de lire un pavé comme le tien, faut lui dire que ça parle de cul et de guerre, même si je sais bien qu’il y a pas des masses de cul dans ton bouquin, c’est bien dommage d’ailleurs. Par contre de la guerre ! Ah ça mon cochon tu nous as gâté ! Écoute-moi mon petit Cholokhov, tu vas appeler ton bouquin Guerre et Paix ! Ça pète ça, non ? Quoi, déjà pris ? Bon alors pourquoi pas Sang et vodka ? Ouais. C’est du bon ça. Ça va faire frémir la ménagère dans les chaumières.

Malheureusement cette conversation n’a jamais eu lieu et le titre du livre de Mikhaïl Cholokhov est resté le Don paisible. Du coup je me sers de Sang & vodka pour le titre de mon post. Disons-le tout net, je suis bien meilleur que lui pour les titres. J’escompte au demeurant recevoir un Prix Nobel pour ce post. Ou bien juste pour ce titre. Prix Nobel du titre qui en jette. Pour rester au niveau de l’auteur.

En effet, le Don paisible a reçu le Prix Nobel (de littérature, n’est-ce pas) en 1965, ce qui remonte au temps de la guerre froide, c’est louche tout ça, on se demanderait légitimement si cette attribution n’a pas été dictée par des choix plus politiques que littéraires, mais en fait non, c’est quand même un super bouquin, énorme dans tous les sens du terme puisque le Don paisible fait pas loin de 2500 pages. Oui. Quand même. Peut-être bien qu’à l’époque ils donnaient le Nobel au poids. Bon, mais ne vous enfuyez pas pour autant, on n’est pas en train de parler de Proust, là.
Cholokhov est Russe et comme tout écrivain russe qui se respecte, son récit est fort, violent, fluide, immersif. Les descriptions sont rares mais frappantes comme des coups de cravaches. Les personnages sont d’un réalisme à vous faire reculer. Les scènes se succèdent comme des rafales de mitrailleuse et… ah mais… et si je vous parlais de l’histoire même du livre, son essence, sa substantifique moelle.

Le Don paisible raconte l’histoire des Cosaques du Don durant les années troubles de la première guerre mondiale et de la révolution qui s’ensuivit en Russie, transformant le pays et ses habitants pour le siècle à venir (voire pour toujours). Leurs actions, leurs motivations, leurs peurs, leurs epoirs, rien ne sera passé sous silence.
L’action débute dans un village cosaque, à Tatarski. La vie quotidienne et domestique de ses habitants, aux champs, au foyer, à l’église ou ailleurs nous est relatée par le biais de nombreux personnages.
On suit notamment Grigori Mélékhov, fils de Panteleï Mélékhov, qui entretient une relation coupable avec Aksinia, la femme de son voisin. Comme l’histoire débute en 1912 on se doute bien que d’une manière ou d’une autre ça va mal finir, pour notre plus grand plaisir (les Russes c’est comme les Irlandais, on ne les aime que quand ils souffrent). Je ne vais pas vous raconter le livre par le menu mais disons seulement qu’après un bon moment passé dans la stanitsa cosaque (communauté regroupant plusieurs villages) à faire connaissance et se familiariser avec la rudesse des moeurs et du pays, l’atmosphère change et l’on vit avec eux l’angoisse de bouleversements imminents : mobilisation, manoeuvres, tensions avec les Autrichiens de chez Schmidt d’en face…

Ce qui devait arriver arrive finalement, c’est la guerre (hourra !).
La plupart des hommes sont envoyés au combat pendant qu’au village les récoltes pourrissent et les femmes se languissent (non je ne veux pas dire par là qu’elles se font des choses avec la langue pour pallier à l’absence des hommes).
Sur le front, ça rigole pas. Je ne sais pas si vous vous souvenez de vos cours d’histoire sur la première guerre mondiale mais on pouvait compter des centaines de milliers de morts sur une seule journée pour peu qu’il ait fait beau et que le pudding de la cantine ait été appétissant. Ce qui implique que sur la kyrielle de Cosaques qu’on a croisé et dont on a consciencieusement retenu le nom et un semblant d’apparence au début du récit, les 3/4 environ vont se faire descendre en quelques pages. Ça permet d’y voir plus clair, c’est pas plus mal.

Parallèlement aux récits de combats on suit la vie des officiers et des soldats cosaques dans les tranchées (la cavalerie sera rapidement abandonnée, et les Cosaques mis à pied, au profit d’une infanterie campée sur ses positions : tranchées, mitrailleuses, etc… le tout très semblable au front occidental, en fait). Au fil des pages et des mois on sent cependant le mécontentement sourdre dans les rangs russes. L’insubordination se fait de plus en plus fréquente, des fauteurs de troubles distribuent aux soldats des tracts les enjoignant à déserter, altercations et pillages deviennent courants… Les soldats, enhardis par la guerre, l’horreur des combats et la proximité de la mort, rompus au maniement des armes, las de cette guerre qui n’en finit pas et où rien ne bouge, se sentent de plus en plus prêts à tout. La plupart d’entre eux veulent juste rentrer chez eux. D’autres parlent d’injustice, de bourgeoisie, d’une guerre inepte commandée par des dirigeants insensés, d’aristocrates fumant leur pipe au-dessus de cartes d’état-major dans des salons richement décorés pendant que le peuple changé en armée pourrit et crève dans les tranchées pour satisfaire aux plans et aux exigences de Leurs Noblesses.

La guerre russo-japonaise de 1905 avait entraîné de graves troubles, sévèrement réprimés. La guerre de 1914 provoquera l’explosion des ressentiments et aboutira à la Révolution d’Octobre.
Toujours est-il que la plupart des soldats se méfient des Cosaques. En effet ce sont des divisions cosaques qui avaient maté, avec une extrême violence, les émeutes de 1905.

Je ne suis qu’au tiers du bouquin (ce qui fait 800 pages tout de même) et c’est réellement passionnant.
Il est intéressant d’observer les personnages évoluer, avant la guerre, pendant la guerre puis la révolution, de voir leur vie, leurs opinions changer, de voir quel camp chacun choisira lors de la guerre civile. Si certains ont leur avenir tout traçé, d’autres semblent hésiter constamment. Comme je l’ai dit, le style est fluide, ça se lit tout seul, ce qui est caractéristique des romanciers russes, du moins je trouve : on est emporté par un flot narratif tour à tour puissant ou rafraîchissant, mais jamais lourd ou ennuyeux.

En bref, une très bonne lecture que je vous recommande.

Une tradition militaire

– Qu’entendez-vous exactement par “il n’y a plus de pudding” ?